Je m’étais étendu sur la tapageuse promotion de ce produit il y a quelques temps, sur la promo mais pas sur la bière ; évidemment ne l’ayant pas gouté je me trouvais bien en peine…
J’ai, hier soir, refais mon retard.
Il neige à Paris, j’ai bousillé mes mocassins, alors en passant devant chez Aigle boulevard St Germain hier je me suis arrêté vite fais pour m’acheter une paire de godillots pour l’hiver.
On étais plusieurs à avoir eu la même idée… un chantier là-dedans !
J’avise un vendeur tout sourire qui me confie sa joie : « il explose les chiffres »
Entendez : il gagne beaucoup de sous.
Je suis content pour lui mais il fait un peu 40 degrés dans sa boutique alors je veux juste mes pompes et retrouver l’air pollué parisien.
Mais non, le gars est guilleret, Aigle c’est de la pompe écolo, que du naturel, des bons produits pas nocifs pour l’environement… je n’ose lui dire que je m’en fout, blesser les gens, même gratuitement, ne me procure plus aucun plaisir.
Toutefois, je me fais la réflexion en mon fort intérieur que l’environement parisien c’est bitume et merdes de pigeon, alors son oiseau des cimes il risque de pas trop supporter le traitement.
Bon, les caisses sont en vue, trêve de philosophie, il est temps d’être pratique,c’est 230 euros.
Et oui les gars, l’écolo ça coute un bras, même quand c’est MADE IN CHINA…
Tout étourdi je me retrouve sur le trottoir, c’est l’ivresse du consommateur ça, pas ma préférées mais enfin, j’en avais assez de me geler les arpions.
Pour me remettre je passes vite fais au bureau boire une bière et gausser avec les potes de mon dernier achat et du prix exorbitant de la vie d’écolo des villes.
Il est 20 heure, réconcilié avec la société de consommation, je décide de passer chez carrefour rue de seine pour aller voir ce que propose le rayon alcool en matière de bières de noël. Rien…
J’interroge le vigile, toujours fidèle au poste dans cet endroit stratégique qu’est l’espace picole.
Il s’aplati devant mon sourcil circonflexe ( j’ai piqué ça à BHL, je me suis entrainé devant la glace, c’est fou les conneries qu’on peut raconter sans que personne ne bronche quand on circonflexe du sourcil.) les bières de noël ? elle ne sont pas encore arrivées…
Ali, le vigil des supermarchés au costume gris satiné me sourit l’air désolé.
Il est comme moi, amateur de bière et sent bien que ça déconne chez les huiles, tout va à vau l’eau du côté des têtes pensantes carrefourienne.
Je fixe, résigné, le rayon bières. Un triste pack de bucklers éventré me rappelle ma visite au rayon alcool du carrefour de Tunis. la-bas aussi le vigil s’appelait Ali…
La déprime me guette…
Et puis, la lumière ! non, le soleil !
Tout en bas du rayon, à ras du sol, bien planqué. La jenlain OR !
Je suis au ciel, j’en entends presque les orgues…
Je me retourne vers monsieur sécurité, il sait que je fauche à l’occasion mais ça le fait plutôt marrer de voir un bobo de 40 ans jouer les pickpocket et dans l’ensemble on est plutôt copain.
Alors ? Il en pense quoi de ce soleil ?
Son verdict est sans appel : c’est une bière pour les dames…
Il a l’air sérieux, dans son ton rien de péjoratif et je ne m’aviserais pas de remettre en cause la justesse de son gout.
Malgrés tout, je me dois, moi aussi de gouter ce truc et enfin quoi ! c’est de la Jenlain ! je ne prends pas un gros risque…
De retour chez moi, je me débarrasse de mes nouvelles chaussures, devant l’air septique de ma femme je comprend que je me suis planté…
Pas grave mon, « bon gout » en matiere d’accoutrement est de notoriété familial et au delà… elle se marre.
Passons aux choses sérieuses : la Jenlain OR.
Je sort un verre à bière , ce qui me fait drôle, je dois l’admettre. Moi qui m’astreint toujours à boire la Jenlain en 75 cl à la bouteille. C’est un tribu à ma jeunesse et c’est pas prêt de changer.
Mais là, c’est de l’or… un joli verre bien ventru et on va voir à quoi ressemble ce dieu païen.
Une mousse fine, très fine, des bulles minuscules ! du champagne ?
Une couleur ! c’est pas de la blonde, c’est de la dorée, du jamais vu !
Je goute c’est léger, aérien, suspect tant la sensation est étrange mais la signature Jenlain est toujours là, quelque part. une vraie prouesse technique, je serai curieux d’apprendre comment ils font ça.
Je vais être clair : cette bière est bien une bière de gonzesse et les gonzesses ont de la chance sur ce coup là.
Roy Alobar.
